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Diogo Alves, le tueur en série galicien

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Les tueurs en série ne sont pas un phénomène localisé. Les individus qui tuent à répétition sans raison apparente ou pour des motifs ignobles ne sont pas l’apanage d’un certain lieu, d’une certaine condition sociale ou même d’une certaine époque.

Diogo Alves, le tueur en série de Lisbonne, n’échappe pas à cette règle les crimes qu’il commet se sont tous produits dans la région de l’aqueduc Águas Livres, ce qui a valu à son auteur le nom de « meurtrier de l’aqueduc ».

L’histoire de Diogo Alves, le tueur en série galicien

Diogo Alves est née en 1810 dans un petit village de la municipalité de Samos (Lugo), à l’intérieur de la Galice dans une famille de paysan.

Il traverse la frontière pour s’installer à Lisbonne aux environs de ses 10 ans. La belle ville de Lisbonne l’accueille à bras ouverts, mais malheureusement le garçon n’en a pas fait de même. Il était de nature calme, introspective et d’une nature violente qui l’éloignait des autres enfants. L’histoire dit qu’enfant, il aimait coincer les chats et les chiens pour les étrangler. Il soulevait les animaux avec ses mains et serrait fortement leur cou tout en les regardant dans les yeux, regardant la vie s’éteindre à mesure qu’il augmentait la pression de ses doigts. Tout le monde était d’avis que le garçon aux cheveux blonds et aux yeux bleus était très mauvais. Quand on le réprimandait, il se taisait, baissait les yeux sur ses pieds et s’excusait, cachant toujours la haine qui brûlait dans son corps.

À l’âge de dix-neuf ans, ses parents l’envoient travailler comme homme de ménage dans des familles riches, rompant ainsi la tradition des nombreux Galiciens qui avaient émigré à Lisbonne depuis la fin du XVIIe siècle. Après avoir changé à plusieurs reprises d’employeurs, il a commencé à boire et à jouer.

Diogo, qu’on appelait aussi le Galicien, s’attirait des ennuis dans les tavernes, mais s’en sortait toujours grâce à son talent pour trouver des excuses et rejeter la faute sur les autres. Il avait été impliqué dans divers vols et cambriolages, mais n’avait jamais été arrêté grâce à son talent pour échapper à toute accusation. C’est à cette époque qu’il a rencontré une femme, Gertrudes Maria, qui avait un établissement dans la région de Palhavã et dont il est devenu l’amant occasionnel, bien qu’elle ait agi aussi comme son proxénète.

Gertrudes, qui était connue sous le surnom de “Barreirinha” (petite barre), a stimulé le comportement violent de Diogo Alves en disant que quelqu’un de fort et d’intelligent comme lui était destiné à de grandes choses. Le travail n’apporterait aucun bénéfice, il fallait prendre aux autres ce qu’ils avaient. On dit que c’est l’influence de Gertrudes qui a lancé le Galicien dans le monde du crime. Elle attirait des hommes, principalement des marins étrangers, dans sa chambre, où Diogo les volait. Mais il n’a pas fallu longtemps pour que les vols se transforment en quelque chose de plus sérieux, car Diogo Alves et Gertrude prenaient un énorme plaisir à blesser leurs victimes au point de presque les tuer. Selon certaines théories, Diogo et Gertrude ont tué certaines de leurs victimes, abandonnant leurs corps dans des ruelles sombres, des bordels sordides et des tavernes désertes où la femme les menait.

L’aqueduc Águas livres

L’aqueduc Águas Livres de Lisbonne est un symbole du développement, du progrès et de la splendeur du Portugal du XVIIIe siècle.

À cette époque, presque tous les Galiciens qui arrivaient à Lisbonne aux XVIIIe et XIXe siècles l’ont fait pour travailler à la construction de l’aqueduc, inspiré de ce que les Romains avaient construit au IIIe siècle et qui a approvisionné Lisbonne en eau jusqu’en 1967. Certains d’entre eux sont devenus des porteurs d’eau. L’eau parcourrait environ 15 kilomètres depuis Mãe da Água Velha, dans la municipalité de Sintra, jusqu’à ce qu’elle atteigne Lisbonne.

réservoir Mãe de Água à Amoreiras
réservoir Mãe de Água à Amoreiras

L’aqueduc Águas livres, construit entre 1731 et 1799, était l’axe principal du système formé par l’impressionnant réservoir Mãe de Água à Amoreiras, les galeries souterraines de plus de 30 kilomètres, par lesquelles l’eau était transportée vers les fontaines, les palais et les bâtiments publics, et la station de pompage à vapeur Barbadinhos, près de Santa Apolónia.

Source RTP
Source RTP

Diogo Alves, le voleur et assassin

La carrière de cambrioleur de Diogo prend un tournant important en 1836 lorsqu’il parvient à se procurer les clés qui garantissent l’accès à l’Aqueduc, il les a sûrement volées à l’un des gardiens chargés de préserver le lieu. L’aqueduc comportait plusieurs chemins, escaliers et accès étroits, dont beaucoup étaient bloqués par des portes en fer généralement verrouillées pour empêcher les gens de passer. Diogo a commencé à se promener dans les lieux chaque nuit, découvrant quelles clés ouvraient les portes et mémorisant les voies de fuite les plus rapides où il ne croiserait personne.

Diogo Alves commença à détrousser les passants, les entraînant dans un couloir, verrouillant rapidement le passage et empêchant toute chance de fuite. Son objectif était de commettre un vol, de “soulager” la victime de tout objet de valeur, de la battre, de la laisser inconsciente et de s’échapper par les couloirs. On ignore quand ce projet s’est transformé en meurtre, mais il est probable qu’il a commencé à tuer ses victimes pour éviter qu’elles ne le reconnaissent.

Diogo Alves ne fessait pas de différence entre les gens riches ou pauvres, pour lui ils étaient tous de potentielles victimes. Les hommes, les femmes, les personnes âgées et mêmes les enfants, Lisbonneois ou étrangers de passage, marchands, colporteurs, marins, prostituées… brefs, n’importe qui pouvait être sa victime. Il utilisait le même schéma pour toutes ses victimes à savoir, les étranglées, puis les jetées du haut de l’aqueduc. Ils venaient s’écraser sur le sol en pierre à des dizaines de mètres plus bas. Certains au moment de la chute criaient encore. Les têtes venaient se briser sur le trottoir comme de vulgaires melons jetant des miettes et des fragments d’os et le sang éclaboussaient les murs. Il jetait ses victimes du haut d’aqueduc afin que les autorités pensent à un suicide.

Il est important de savoir qu’à cette époque il y avait au Portugal une grande instabilité politique due à la révolution libérale. La faim sévissait dans les classes sociales pauvres. Il n’était pas surprenant que quelqu’un décide de mettre fin à ses jours depuis l’aqueduc. Personne ne sait exactement, ce qu’il la poussé à commettre ces horribles crimes certains pensent que c’est pour préserver son identité ou pour éliminer tout indice susceptible de l’incriminer.

Ses pulsions meurtrières étaient telles que parfois le vol n’était qu’une excuse pour ce qui suivait. Même s’y il échouait dans son processus de vol, il n’a jamais abandonné sa frénésie meurtrière. La fermeture de l’accès à l’Aqueduc en 1837 a été un coup dur. Les citoyens qui traversaient l’aqueduc tous les jours pour aller des banlieues pauvres aux quartiers riches de Lisbonne commencèrent à avoir peur et puis les forces de l’ordre commençaient à soupçonner quelque chose. Au moment de la fermeture de l’aqueduc, on estime qu’il avait déjà commis plus de 70 meurtres.

Affiche du film Os crimes de Diogo Alves sortie en 1911
Affiche du film Os crimes de Diogo Alves sortie en 1911

Malgré la fermeture de l’aqueduc, cela ne la pas empêché de continuer sa carrière de criminelle. Peu de temps après, il rejoint un gang qui cambriolait les maisons des familles riches. Il s’est très vite fait connaître sous le surnom de “Pancada”. Pendant un certain temps, les vols ont contenu son agressivité, mais cela n’était pas comparable à son désir de tuer. Lors d’un de ses braquages, le gang s’est introduit dans la maison d’un important médecin de Lisbonne. Diogo Alves était probablement à bout de nerfs, et cette nuit-là, il n’a pas réfréné ses instincts meurtriers, toute la famille a été massacrée à coups de couteau et de gourdin.

Cette fois, le crime a attiré l’attention de l’opinion publique et a forcé les autorités à montrer leurs muscles. Après tout, il ne s’agissait pas d’un pauvre malheureux qui n’avait nulle part où aller pour mourir, mais d’un médecin influent, de sa femme et de ses jeunes enfants qui avaient été massacrés dans leur maison. Une simple enquête a permis de découvrir où se trouvaient les objets volés dans la propriété. Les objets se trouvaient chez un receleur et il ne lui a pas fallu longtemps pour dire ou plus exactement dénoncer la personne qui lui avait vendu ces objets de valeur. Les complices de Diogo ont été encore plus rapides pour dénoncer leur acolyte “Pancada” qui s’était comporté comme un animal sauvage le jour où il a massacré cette famille.

Le jour du jugement est arrivé

Traduit en justice, Diogo Alves est accusé du meurtre de la famille du médecin et est condamné à la pendaison. En prison, il a fini par avouer qu’il était également coupable des dizaines de morts de l’Aqueduc. Aimant l’attention qu’il avait acquise, il n’a pas épargné à ses interlocuteurs, en leur expliquant comment il avait tué chacune de ses victimes. Ironiquement, Diogo n’a jamais été accusé de ces crimes, qui n’ont même pas été inclus dans l’enquête. Il n’y avait aucun moyen de lier son nom aux crimes, si ce n’est par ses aveux et en l’absence d’outils et de techniques médico-légales, rien n’a été prouvé.

Le tribunal de la ville de Lisbonne là rapidement condamné il devait être pendu le 19 février 1841, au quai Tojo. Ce jour la une foule c’est rassemblé pour assister à la mort du tueur de l’aqueduc d’Águas Livres. À ce moment-là, les rumeurs circulaient déjà parmi la population, qui sous le coup de la colère a insulté le tueur sur le chemin de la potence. En réponse à cela , il a simplement souri ironiquement dans le seul objectif de défier la population.

Cependant parmi la foule qui jurait en demandant la mort de Diogo Alves se trouvait un homme fasciné par cette affaire. C’était le docteur José Lourenço da Luz Gomes. Chirurgien de grande réputation, il exerçait une influence considérable au sein de la Maison royale, une institution internationalement connue pour ses découvertes et ses techniques chirurgicales avancées, grâce auxquelles il réalisait de nombreuses opérations inédites pour l’époque.

José Lourenço da Luz Gomes avait suivi le développement de toute l’affaire et lorsqu’il a eu l’occasion d’étudier l’esprit de ce monstre, il ne s’est pas reposé avant de s’être occupé de lui. Fondateur et directeur de l’ancienne école médico-chirurgicale de Lisbonne, le médecin a profité de sa position pour faire une demande atypique : il voulait emporter la tête de Diogo Alves juste après l’exécution.

Ses motifs étaient louables, le médecin, passionné de phrénologie, une branche médicale très en vogue à l’époque espérait percer les mystères contenus dans cet esprit dérangé en examinant le cerveau et découvrir ce qui faisait de lui un meurtrier. Il s’agissait de rechercher les racines du mal, peut-être qu’une malformation ou un dysfonctionnement démontrerait la raison de son comportement agressif. Convaincu, un juge a porté l’affaire devant le roi lui-même, qui a donné les autorisations nécessaires.

Diogo Alves, tueur en série, lisbonne
Tête de Diogo Alves

Peu après sont exécution, un bourreau a disposé le corps d’Alves sur une planche et à l’aide d’une hache, a coupé sa tête, qui a été remise au médecin et immergée dans un bocal avec du formaldéhyde. Lourenço Gomes a conservé la tête de Diogo Alves jusqu’à la fin de l’école médico-chirurgicale, puis l’a transférée à la faculté de médecine de Lisbonne, nouvellement créée, dont il était le directeur.


Le bocal qui contient la tête de Diogo, a gagné en notoriété et a accumulé les histoires au fil du temps. On disait que c’était quelque chose de maudit, qui murmurait des souvenirs sanglants et des réminiscences homicides aux oreilles des vivants dans le but de convaincre les autres de prendre le même chemin. On parlait aussi de fantômes et d’esprits décapités qui rôdaient dans les lieux où le bocal était conservé.

Des décennies plus tard, l’étrange artefact a été ajouté à la collection du musée de l’école de médecine et est également exposé au musée national d’art ancien de Lisbonne, comme un véritable trésor.

Aujourd’hui encore, la tête de Diogo Alves est conservé dans une armoire, immergé dans un grand flacon transparent contenant du formaldéhyde.

Porto it's beautiful

Originaire de la ville de Lyon en France. J’ai pour la première fois visité la ville de Porto au Portugal en 2006. Je suis immédiatement tombé amoureux de cette ville, ses ruelles en montée, ses immeubles étroits et colorés m’ont immédiatement fait penser au vieux Lyon et plus exactement au quartier Saint Jean.

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